2 – Soupçon de lime

Mini roman de quincagénaire (3)

2-SOUPÇON DE LIME

Mais qu’est-ce qu’elle a en tête cette Céline célibataire invétérée ! Jamais je ne pourrais être aussi frivole qu’elle…

Mais qu’est-ce qu’elle est devenue coincée ma belle Justine, elle qui était l’hôtesse par excellence de nos meilleures soirées… J'ai juste envie de la provoquer !

 

    • Sans blague Justine, tu es officiellement entrée en communauté religieuse ?
    • Hey tu es bien chiante ce soir ! Je ne peux plus m’habiller comme je veux maintenant ?
    • Justine, je ne comprends pas ta soudaine pudeur. Je ne vais pas te jeter en pâture à un troupeau de bêtes affamées !
    • On ne sait jamais avec toi !
    • Écoute, les boutons de ton chemisier remontent jusqu’à ton menton. Je t’ai souvent vu avec un col en V ou une blouse plus échancrée. De quoi as-tu peur mon amie ?
    • De plaire…
    • Ouf…

Céline est déstabilisée. Ce qu’elle croyait être une soirée légère devra se transformer en boost d’estime et d’ouverture sur le bonheur de vivre. Elle savait que son amie était depuis un an dans une période d’introspection et de bilan, mais elle n’avait pas envisager cette réponse. Elle redescend de son mode festif et superficiel pour être plus empathique, à sa façon, avec son amie.

    • Quand tu dis que tu as peur de plaire, que veux-tu dire Justine ?
    • J’ai passé 25 ans de ma vie en couple, j’ai tout donné. Je n’ai plus envie d’un homme dans ma vie.
    • Je comprends que ça ne s’est pas trop bien fini mais Justine, tous les hommes ne sont pas des salauds.
    • Oh peut-être, mais je n’ai pas la force de m’imaginer avec un autre. D’aucune façon.
    • Oh là là, tu ne crois pas que tu donnes trop de pouvoir à une seule personne ? Ça fait un an que tu es séparée et c’est encore lui qui gère ton bonheur ?
    • Ben là… Ce n’est pas de ma faute si…
    • Chut, chut, chut ! Pense à ce que tu dis dans l’instant présent !

Pense à ce que je dis, pense à ce que je dis… Elle peut bien dire n’importe quoi celle-là, elle n’a jamais été en couple pour plus de 6 mois ! Je crois que je suis mieux de quitter avant qu'on se prenne la tête…

Je dois trouver un angle pour lui faire voir tout ça différemment… mais pas de thérapie SVP ! Je me souviens, il y a deux ans de cela… ah oui c’est parfait ça !

 

  • Justine, avant de quitter… oui je vois bien que tu as juste envie de prendre la poudre d’escampette. Alors voilà, j’aimerais que, très honnêtement, tu me répondes à une question ?
  • Tu peux bien essayer, je te promets que je vais quitter à la minute d’après.
  • Je sais que tu as toujours été fidèle mais, durant tes 25 ans de vie de couple, y a-t-il eu lors d’une des tes soirées, un jeune homme qui t’a fait vibrer au point que tu aurais laissé les canapés brûler au four pour une baise torride dans le garde-manger ?
  • Quoi ? Mais qu’est-ce que tu dis là !

Justine rougit d’un seul coup se remémorant l’ami de l’ami de son ex, un prof de yoga aux yeux verts et cheveux longs…

  • Il ne s’est rien passé !
  • Je sais, tu m’as raconté brièvement, mais tu aurais aimé, en d’autres circonstance non ?
  • Bien euh, euh…
  • Alors, juste pour jouer le jeu, raconte-moi encore ce qui s’est passé.

Justine sourit en remémorant cette soirée.

  • D’accord, j’avoue que je l’avais oublié celui-là parce que j’ai su qu’il était parti travailler en Californie dans un centre de mieux-être huppé.
  • Bon ce n’est pas le gars qui est important, moi je veux que tu me racontes ce que tu as ressenti ce soir-là.
  • Je me souviens, j'étais plutôt stressée parce que j’avais pris du retard avec mes entrées, mon super mari n’avait pas daigné venir me donner un coup de main. Alors arrive cet Adonis, grand svelte, très avenant et au sourire profond et réconfortant. Il m’a offert de m’aider. Ébranlée un peu mais, sans trop lui porter attention, à cause de mon retard, je lui ai donné des tâches à exécuter. C’est lorsqu’il me frôle le bras en me remettant le plat de canapé à mettre au four que j’ai ressenti un électro choc !
  • Aller continue…
  • Une fois tout préparé on s’est mis à discuter, longuement, en toute simplicité. Il me témoignait beaucoup d’admiration et me posait beaucoup de questions pertinentes, intelligences. C’était comme si j’étais devenue tout d’un coup intéressante et fascinante. Son regard… Ohhhh. Et avec un respect à peine tangible, il m’a effleurée les mains tendrement à plus d’une reprise… ouf…

Le regard de Justine se perd soudainement dans son prompt silence.

  • Ça va Justine ?
  • Oh oui…
  • Tu devrais déboutonner ton chemisier tu respirerais mieux.
  • Oui d’accord…

Justine s’activa sans résistance.

  • Alors tu restes ! Parce que je viens de te faire réaliser que plaire, n'était pas si déplaisant finalement ?

La discussion est enfin devenue légère et joyeuse. Les amies que tout oppose, ont enfin passé une très sympathique soirée…

Au coucher, bien étendue dans son lit, Justine sera surprise par une grande vague de chaleur… et après plus d’un an d’abstinence totale, ses mains oseront se balader pour la faire sourire de nouveau.

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